—Oh! que non pas, monsieur Ville…
—Jacques! proféra Poignet-d'Acier en accompagnant ce nom d'un coup d'oeil sévère.
—Oui, monsieur, dit humblement le vieillard. Pour finir mon histoire, en voyant les canots des Chinouks, j'ai voulu savoir ou ils se dirigeraient, et je suis descendu de mon cheval, que j'ai caché dans les broussailles.
—Une imprudence à ton âge!
—Non, monsieur, c'était sage, car j'avais distingué sur la rive deux de ces brigands qui faisaient cuire un poisson, et, comme je connais assez de leur barbare idiome pour le comprendre, je me suis dit que si je parvenais à m'approcher des deux sauvages, ils me révéleraient probablement et sans s'en douter le but de leur expédition.
—C'était justement pensé, mon brave Jacques.
—Ils étaient, par bonheur, en bas d'une falaise peu élevée et dont le sommet était garni de buissons. Je me faufilai entre les épines, et arrivai à portée de leurs voix. J'appris qu'ils avaient déterré la hache de guerre pour venger la mort de leur devin Chinamus et de leur sagamo Oli-Tahara.
—C'est le nom indien du Dompteur-de-Buffles, dit Poignet-d'Acier au domestique qui s'était arrêté comme pour l'interroger.
—Je ne savais pas, et je vous remercie, monsieur, fit ce dernier en se découvrant respectueusement.
—Poursuis, Jacques, poursuis. Je suis content que ces misérables croyaient encore à la mort du métis. Cela prouve qu'il est étranger à leurs dispositions hostiles. Et rien ne m'est plus odieux que l'ingratitude, la chose du monde pourtant la plus commune parmi les hommes, ajouta-t-il en manière de réflexion.