Le nouveau venu paraissait ne pas plaire au chasseur noir et son aspect avait considérablement ému Sébastien.

—Comment vous appelez-vous? demanda Nick.

—Hendricks, chez les civilisés, répliqua l'étranger en jetant un coup d'oeil sur Portneuf.

—Comment se fait-il que vous soyez tombé sur mon camp? continua le trappeur d'un ton dur et qui contrastait vivement avec les façons qu'il déployait d'habitude envers les hôtes que le hasard lui envoyait.

—Singulière question à faire à un franc-trappeur qui a faim et qui flairerait un morceau de viande à douze milles à la ronde!

Il ramena lentement ses regards de Portneuf à Sébastien; et on le vit changer tout à coup.

Sa mâchoire inférieure s'abaissa. Il resta bouche béante avec une expression d'étonnement, de curiosité et une sorte d'effroi.

Ce fut l'affaire d'une seconde. Mais Hendricks avait vu ou redouté une chose qu'il ne pouvait plus désormais oublier. Si ses traits basanés eussent été débarrassés de la fange qui les masquait, on les eût trouvés plus défaits que ceux d'André Jeanjean.

Nick, qui était en train de ranimer le feu, ne remarqua point l'émoi soudain de son visiteur; toutefois Pathaway le surprit et chercha à se l'expliquer.

—Ce'n'est pas une singulière question, répliqua Whiffles. Je donne volontiers à manger et à boire quand j'ai de quoi, mais j'aime à savoir à qui je donne, car il y a dans ces cantons des gens qui ne valent pas la corde pour les pendre.