Elle parut lui savoir gré de ce mouvement.
—Vous venez des établissements? dit-elle tout à coup.
—Certes…
—Oh! oui, je le vois. Vous apportez ici des idées qui ne sont point les nôtres. Car vous ne savez pas que nous sommes une communauté, un monde! nous faisons nos lois et ne reconnaissons aucune autre législation. Je sais que cette terre est grande, qu'elle renferme une foule d'habitants, mais ces habitants me sont étrangers et je leur suis étrangère.
—Est-ce donc une raison pour vous faire louve? dit brutalement
Pathaway.
—C'est la loi de la nature, reprit Carlota avec une emphase marquée. Il faut que tout animal vive aux dépens d'un autre. Les poissons dans l'eau, les fauves dans la forêt, les oiseaux dans l'air se dévorent les uns les autres. L'araignée tisse sa toile pour attraper la mouche imprudente, la panthère guette le daim pour le mettre en pièces, le vautour fond sur les poules, et, suivant cette grande loi de la nature, l'homme dépouille l'homme. Pourquoi mépriserions-nous les enseignements de la nature? Comment résister au commandement qu'elle a donné à toutes les choses animées? Les végétaux eux-mêmes ne se nourrissent-ils pas du suc des végétaux et même d'insectes?
Le visage de Carlota s'était incarné d'un enthousiasme farouche. Ses yeux noirs brillaient comme des diamants. Son coeur battait avec force.
Pathaway était muet d'étonnement.
—Quelle est votre opinion? dit-elle soudain et d'un ton souriant.
—Est-ce possible? est-ce possible? murmurait le jeune homme. Un esprit naturellement bien doué peut-il être aussi pervers? D'où lui viennent ces connaissances, cette facilité d'élocution? cette aptitude pour la comparaison?