Joe recula de plusieurs pas. Il était si fortement impressionné que la peinture paraissait blanchir sur son visage.

—Joe jeune: Joe jamais avoir suivi piste des guerriers; homme blanc grand chasseur, très-adroit, balbutia-t-il.

—Ma foi, je ne puis en dire autant de toi, ô Dieu non! Mais que diable veux-tu à ces animaux-là?

—Joe fatigué; pas entendre discours des visages pâles; vouloir s'en aller.

—Ah! oui-dà, c'est comme ça, fit Nick le saisissant au collet; tu voulais décamper; je m'en doutais, maudite vermine. Tu entends bien ce que nous disons, et tu ne l'as que trop entendu; pas de conte.

Et le trappeur le souleva deux ou trois fois de terre, comme pour lui donner un échantillon de sa force.

—J'ai déjà pas mal tué de ton espèce, ce qui ne m'empêche point de dormir, disait-il négligemment.

L'Indien tremblait de tous ses membres; cependant il finit par reprendre un peu de courage.

—Pourquoi blesser Joe? dit-il. Joe enfant, toi homme. Si Joe homme et toi enfant, Joe pas blesser toi.

—Serpent, tu en sais trop long; je suis moins disposé que jamais à méfier à toi. Il se peut que tu aies raison, mais je ne le crois pas. Quand il y a un soupçon, le meilleur moyen, par ici, c'est de traiter un honnête homme comme un coquin. Après ça, tu dois te considérer comme prisonnier de guerre; c'est-à-dire, pas de guerre, mais des circonstances.