Cette déclaration souleva au plus haut point l'indignation de l'Indien. Sa couleur se manifesta par la vive rougeur des joues et l'éclat des yeux. Un moment, Nick crut que cet accès d'emportement allait se noyer dans un flot de larmes; mais bientôt il fut désabusé. Le jeune garçon réussit à se maîtriser, et, quoique son coeur battît avec force, il s'écria d'une voix assez ferme:
—Qu'est-ce à dire?
—Qu'est-ce à dire? as-tu dit; qu'est-ce à dire? répéta Nick en tracassant impitoyablement sa barbe. Est-ce que tu as si vite appris à parler comme les blancs? Diable, tu me fais l'effet d'un luron un peu finaud, ô Dieu oui!
—Joe demande pourquoi toi tourmenter jeune Indien. Lui ami de visage pâle. L'avoir dirigé dans une longue route. L'amener ici sain et sauf; pas laisser méchants blancs lui faire mal.
—Possible! possible! répondit plus doucement Nick. Possible et peut-être certain; oui, certain. Tu l'as aidé à se tirer de cette maudite difficulté et je te suis obligé. Mais les gens dans le danger ne s'arrêtent pas à ces petites distinctions. Tu sais sans doute ce que c'est qu'une distinction, Peau-rouge?
Joe branla lentement la tête.
—Comme de raison, non, reprit le trappeur. Un païen de ton espèce n'entend rien aux distinctions. C'est bête, les Indiens, vois-tu. Pourtant je suis content qu'ils n'y comprennent rien, car je n'aime pas que les gars de ta couleur imitent ceux qui valent mieux qu'eux. Mais assez causé, revenons au camp.
Ce disant, il l'entraîna vers la hutte.
—Pas serrer si fort! exclama le pauvre Joe.
—Bon, bon, tu n'en mourras pas. Je ne veux pas te faire de la peine, mais seulement t'empêcher de lever le pied.