—Il n'est pas rare de voir des trappeurs dans cette partie du pays, répliqua soucieusement Nicolas.
—Oui, mais pas comme ceux-là—pas comme ceux-là! murmura Wiley.
Et il poursuivait d'un ton grave:
—Je vas vous donner un avis, étranger: Evitez la Vallée du Trappeur, la ville des Rochers et la contrée environnante; évitez-les comme vous éviteriez un parti des Pieds-Noirs, ou la peste.
—Merci, Jack Wiley, merci! Je n'ai peur ni des hommes, ni des fantômes. Pendant bien des années, j'ai parcouru bois, montagnes et prairies, et il n'y a pas un endroit que je redoute plus qu'un autre. Tout coin de terre ou d'eau, entre la baie d'Hudson et la rivière Colombia m'est égal. Je connais le repaire du loup, de l'ours, de la panthère et des animaux destructeurs de cette région, tout aussi bien que les villages, pistes, campements et territoires de chasse de ces damnés serpents rouges. Et moi, Nick Wiffles, je vais ça et là, où bon me semble, en homme qui sait son chemin, et l'étendue des forces que le créateur de de toutes choses lui a données, oui bien, je le jure, votre serviteur!
Le brave chasseur prononça ces paroles avec la bonhomie, moitié sérieuse, moitié joviale, qui lui était habituelle, et, jetant sa carabine sur son épaule, il reprit fermement sa marche en homme qui a foi en son jugement, en sa prévoyance.
IV
LE CHASSEUR NOIR
Après avoir atteint le plateau, le jeune garçon—Sébastien Delaunay—pénétra dans une petite hutte cachée dans un bouquet de cotonniers.
Les chiens le suivirent, mais en se retournant de temps à autre sous la direction que leur maître avait prise.