Tandis qu'il roulait ces pensées, les torches se remontrèrent dans une autre direction.
Elles descendaient lentement le long d'une pente escarpée et difficile du même côté de la rivière, mais qui s'enfonçait plus avant dans la montagne. La marche était certainement malaisée et dangereuse. Durant une dizaine de minutes, notre homme épia les lumières, qui tantôt apparaissaient brillantes, tantôt se cachaient entièrement, suivant les accidents du terrain, et se rapprochaient peu à peu.
Enfin, le trappeur distingua de nouveau ceux qui les tenaient. Ils étaient accompagnés de quatre autres individus, portant un fardeau ayant forme d'un corps humain enveloppé dans un manteau. Instinctivement, il se retira plus avant sous l'arche de granit qui reliait les deux rives du cours d'eau. Les visiteurs nocturnes arrivèrent au fond de la ravine, et le personnage à la ceinture rouge se dirigea vers le bord de la rivière. Là, il fit un geste; alors les quatre hommes s'avancèrent près de lui, placèrent leur fardeau sur le sol et se retirèrent.
Le trappeur se sentait pris d'un intérêt indéfinissable pour l'objet immobile qu'ils venaient de déposer.
Qu'était-ce? Un être humain? Était-il mort ou vivant?….
La réponse à cette dernière question ne se fit pas attendre, car, au moment où il se l'adressait, une jeune femme rejetant les pans du manteau qui l'enveloppait, en sortit comme d'un linceul. A la lueur des torches illuminant le bassin, le chasseur put la voir parfaitement.
Elle avait le visage pâle comme la neige, mais attrayant au delà de toute expression. Jamais notre aventurier n'avait contemplé une beauté d'un ordre aussi élevé.
Un instant, il s'imagina qu'une créature angélique était soudainement descendue du ciel pour le fasciner par des charmes surnaturels. Une longue chevelure noire et luisante flottait éparse sur le col marmoréen et les épaules de cette femme. Merveilleuse était la symétrie de ses formes.
Elle jeta un regard effaré autour d'elle, puis tomba aux pieds de l'homme à la ceinture rouge, en étendant, d'une façon suppliante, des bras aussi blancs que l'albâtre, et en s'écriant:—Sauvez-moi! pour l'amour de Dieu, sauvez-moi!
Ces paroles frappèrent le trappeur comme un coup de poignard. Il eut tout de suite l'idée de s'élancer et de mourir pour défendre la jeune femme.