Mais ils étaient six et il était seul; mieux valait attendre.

Peut-être la providence lui fournirait-elle l'avantage de faire quelque chose pour l'infortunée. Il avait entendu dire que l'heure du ciel sonne souvent à l'heure du désespoir de l'homme.

Le trappeur ne faisait pas parade de religion, comme certaines gens prétentieux de la chrétienté élégante; mais il avait les vrais instincts de l'enfant de la nature, qui adore spontanément, en esprit et en vérité, tout ce qui est inconnu au monde. Les hommes honnêtes n'oublient jamais Dieu dans la solitude, car il a placé autour d'eux tant de souvenirs de sa présence qu'il est impossible de les méconnaître.

Les sympathies du trappeur étaient donc vivement éveillées. La solliciteuse enleva une chaîne de son cou, tira les bagues de ses doigts elles jeta aux pieds de celui qu'elle implorait. Il les ramassa en silence et les mit dans sa poche de côté.

Elle continua ses instances, voulut lui prendre la main, mais il la repoussa.

Apparemment fatigué de cette scène, celui-ci adressa un coup d'oeil significatif aux quatre individus qui se tenaient discrètement en arrière. Ils accoururent, et leurs mains rugueuses s'abattirent sur les épaules délicates de la pauvre femme. Aux yeux du trappeur, cet attouchement était un sacrilège; peu s'en fallut qu'il n'envoyât une balle aux auteurs de l'outrage.

Néanmoins, une prudence bien entendue le retint. La victime cessa de résister, et, abandonnant tout espoir terrestre, elle parut adresser ses prières au ciel.

On lui lia les bras derrière le dos, en serrant tellement les cordes que des gouttes de sang maculèrent ses poignets. Puis, on l'enroula dans le manteau, avec une grosse pierre, et le tout fut ficelé comme un paquet.

L'objet de ces meurtrières persécutions avait déjà perdu connaissance.
Ce n'était plus qu'un corps inerte et passif.

Les quatre hommes le soulevèrent, tandis que les chefs projetaient sur la rivière la lueur de leurs torches. Pendant ce temps, le trappeur se dépouillait à la hâte de son capot de chasse, et mettait bas ses armes, ne gardant que son couteau.