Le coeur lui battait fort. Il sentait le sang bouillir dans ses veines; une sueur abondante lui baignait le visage.

C'est qu'il était résolu à tout risquer pour le salut de cette femme! Ce qu'elle était, il ne le savait pas plus que les événements qui avaient déterminé cette tragédie; mais, dans son âme, il croyait qu'elle était innocente de tout crime et ne méritait pas le sort auquel on l'avait trop manifestement condamnée.

Son sexe, son infortune, sa prestigieuse beauté, tout faisait appel au coeur du trappeur et le pénétrait d'un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé auparavant.

Les exécuteurs de ce drame se placèrent tout à fait sur le bord de la rivière, balancèrent deux ou trois fois le corps et le lancèrent à l'eau; il tomba avec un bruit sourd, s'enfonça et disparut; quelques bouillonnements marquèrent seuls l'endroit où il avait été immergé.

L'homme à la ceinture rouge examina, durant une minute, la surface troublée; puis, agitant sa torche, il s'éloigna, suivi de ses complices, et remonta précipitamment les rochers.

Tout cela avait eu lieu en silence. Pas un mot n'avait été articulé par le sombre commandant ou par ses hommes.

Ainsi qu'un songe affreux, le spectacle passa sous les yeux du trappeur. Mais, repoussant l'impression glaciale qui l'envahissait, il se coula promptement dans la rivière avec son couteau entre les dents. Ensuite il plongea et nagea vers l'endroit où le corps avait été jeté.

Il l'eut bien vite atteint. Coupant alors le lien qui retenait la pierre à ce corps, il le saisit de la main gauche et s'approcha du bord avec la droite, mais en se tenant encore au-dessous de la surface de l'eau.

Quoiqu'il fût bon nageur, il ne tarda pas à ressentir une effroyable compression à la poitrine. Les ondes sifflaient et bourdonnaient dans ses oreilles. Il avait impérieusement besoin d'air.

Alors il sortit la tête de la rivière et respira longuement. La grève était proche; il y traîna son précieux fardeau.