Le trappeur alors la souleva délicatement; elle appuya la tête sur l'épaule du brave homme et pleura comme un enfant.

II

LE TRAPPEUR CAPTIF

Le printemps avait fait son apparition dans les montagnes. Les arbres s'habillaient d'un riche feuillage; les prairies se tapissaient de verdure, et les neiges hivernales achevaient de fondre au sommet des pics.

Debout sur un rocher, le trappeur examinait la vallée déroulée à ses pieds[3]. Il avait six pieds de haut; il était mince et droit comme une flèche. Des muscles secs, endurcis par l'exercice, saillissaient sous son épiderme.

[Note 3: Ceux de mes lecteurs qui désireront des détails biographiques plus intimes sur Nick Whiffles n'auront qu'à consulter ma collection des Drames de l'Amérique du Nord, publiée chez MM. Lévy.]

Il portait le costume des aventuriers du Nord. Son visage était ouvert, agréable quoiqu'un peu marqué par les soucis. La nature l'avait doté d'une de ces bouches comiques qu'il est impossible de réduire à la mélancolie, et qui persistent, dans les cas les plus épineux, à paraître souriantes. Ses yeux, profondément enchâssés sous les sourcils, s'harmonisaient merveilleusement avec sa bouche et avaient la même expression.

Une longue carabine était négligemment passée sous son bras. Sa grande silhouette, immobile, placée en relief contre les rochers, aurait fourni un magnifique tableau à ces peintres qui, dédaignant les lieux communs, cherchent le pittoresque et le hardi comme sujet d'inspiration.

Cependant cet homme—quel qu'il fut—avait indubitablement affronté d'un air calme les vicissitudes de la vie, et appris à supporter avec une patience philosophique les infortunes qui ne pouvaient être écartées.

Dans sa physionomie, un je ne sais quoi indiquait qu'il était incapable de rester en repos. Donnez-lui montagnes, prairies, forêts et rivières, gardez-le loin des villes, loin du séjour des civilisés et il sera chez lui, quoique ses immenses territoires de campement puissent être à des centaines de milles de distance!