Un son caverneux monta aux oreilles du chasseur. Il était comme produit par des sabots d'animaux non ferrés. Immédiatement, les instincts de notre homme furent en éveil.

Il descendit du faîte raboteux de la montagne jusqu'à ce qu'il pût mieux découvrir les différents points de la vallée. Puis, se postant derrière un arbre, il chercha la cause du bruit qu'il avait entendu. Bientôt elle lui fut connue. Cinq cavaliers apparurent à la lisière d'un bouquet d'arbres.

Ils cheminaient vers l'endroit où le chasseur était en observation. Quatre d'entr'eux étaient des indigènes, mais le cinquième était un blanc captif.

A mesure qu'ils avancèrent, le chasseur étudia l'extérieur des cavaliers et du prisonnier.

C'était un homme d'âge mûr.

Il appartenait vraisemblablement à la classe vagabonde de ces francs-trappeurs[4] qui fraternisent également avec les races blanches et les races rouges.

[Note 4: Dans le désert américain, on appelle francs-trappeurs les aventuriers qui n'appartiennent pas aux grandes compagnies de pelleteries. Pour elles ce sont des contrebandiers.]

On voyait bien qu'il n'avait pas été pris sans lutte; car, pour ne point parler d'une blessure à son visage, sa camisole de chasse était toute déchirée et souillée de sang et de boue. Le casque[5] de fourrure que portent ordinairement les gens de cette espèce lui manquait aussi. Sans doute il l'avait perdu dans le conflit qui avait précédé sa capture. Ses cheveux longs, ébouriffés, tombaient par touffes épaisses sur son visage dont elles rehaussaient l'expression morose et rechignée.

[Note 5: Ce terme, essentiellement canadien-français sert à désigner un bonnet de pelleterie.]

Il avait les mains garrottées derrière le dos, et serrées avec une violence qui pouvait lui donner un avant-goût des tortures qu'il aurait à souffrir quand ses bourreaux seraient arrivés à leur camp ou à leur village. Pour plus de sûreté, on l'avait lié sur son cheval avec de fortes lanières de peau de buffle[6], attachées à ses chevilles et passées sous le ventre de l'animal.