—Oh! miss, si vous saviez… reprit Elisabeth.
Pierre l'interrompit.
—Veux-tu te taire, gueuse! si tu souffles encore un mot, je lâche à tes jupes tous les chiens de l'habitation.
—Allons, lève-toi et va demander pardon à mon père, Bess, dit Ernestine en touchant du bout de son ombrelle l'épaule nue de l'esclave.
—Oui, dit le major d'un ton goguenard, si elle me demande pardon et me promet d'être docile à l'avenir, je lui serai clément, en faveur de vous, Ernestine.
Elisabeth, toujours à genoux, baissa douloureusement la tête sur sa poitrine.
—Est-ce que tu n'entends pas, fille du diable? fit le commandeur en lui allongeant, dans les reins, un coup de pied qui lui arracha une plainte, Rebecca voyait tout du salon où elle s'était assise.
A chaque outrage fait à l'Africaine, un éclair de joie cruelle sillonnait son visage.
—Ça n'a pas d'oreilles, ces brutes-là! murmura-t-elle assez haut pour qu'Ernestine l'entendît.
—Ah! ma cousine a bien raison, dit celle-ci. Laissez Bess, papa. Pierre se chargera de la punir, et venez entendre une romance nouvelle que Rebecca chante divinement.