Il avait obtenu l'autorisation de serrer une dernière fois la main à ses compagnons d'infortune: à neuf heures du matin il profita de cette autorisation, et distribua avec des conseils et des consolations quelque argent à ces malheureux.

Puis il rentra dans son cachot et s'y mit en prières.

A onze heures environ le schérif, accompagné des gardiens de la prison, se présenta au condamné.

—Je suis prêt à vous suivre, monsieur, dit Brown.

On lui lia les bras derrière le dos avec des cordes, et il sortit.

Le ciel était sombre, voilé par de lourds nuages noirs. Le vent soufflait avec violence. On eût dit que la nature, attristée, s'apprêtait à prendre le deuil du noble coeur que l'égoïsme de quelques hommes ravissait au monde.

Brown portait un chapeau noir rabattu, une redingote foncée, le vêtement qu'il avait pendant le procès.

Sa figure était tranquille; un doux sourire jouait sur ses lèvres.

Une compagnie d'infanterie et un détachement de cavalerie, commandés par le général Tallafero, attendaient à la porte de la prison pour escorter le supplicié, car on craignait toujours un mouvement abolitionniste.

Là aussi attendait une charrette, contenant une caisse en sapin,—le cercueil destiné à Brown.