La cloche du repas ayant sonné dans la prison les deux captifs sortirent de leur cachot, après avoir forcé la serrure au moyen d'une pince qu'Elisabeth Coppeland avait, à l'instigation de Rebecca Sherrington, réussi à leur faire remettre avec des limes.
Combien la pauvre esclave eût voulu porter ces instruments elle-même! Mais elle ne l'avait pu. Depuis sa première visite, la prison lui était interdite, par ordre du gouverneur Wise. Ni l'influence de mademoiselle Sherrington, ni celle de la nouvelle maîtresse d'Elisabeth ne parvinrent à lever cet interdit. Le gouverneur Wise avait peur. Il fut inflexible. Qu'on juge du désespoir des jeunes filles! Le ciel parut enfin leur venir en aide.
Trois jours avant le supplice, les soeurs de Cook arrivèrent à Charlestown avec leurs maris, MM. Willard et Stanton, hauts fonctionnaires l'un et l'autre.
Ils voulurent voir Cook: le gouverneur Wise n'osa leur refuser cette faveur.
Rebecca l'apprit. Elle s'entendit avec les deux dames qui séduisirent un geôlier, et, grâce à leurs crinolines, passèrent aux prisonniers les outils nécessaires pour préparer une évasion.
Ceux-ci en firent, on l'a vu, bon usage.
La porte de leur cachot ouverte, ils se jetèrent, palpitants d'espérance, de crainte, dans un couloir qui conduisait au mur d'enceinte.
Déjà ils distinguaient ce mur, peu élevé, et qu'il ne leur serait pas difficile de franchir, à l'aide des cordes dont ils s'étaient munis: déjà la liberté souriante leur prêtait des forces et des ailes, quand le cri de challenge (qui vive)! immédiatement suivi d'un coup de feu, retentit.
—Perdus! nous sommes perdus! murmura Cook.
—Êtes-vous blessé? demanda Edwin.