»Les hurlements de la populace mirent fin à cet entretien. Elle avait appris qu'un abolitionniste visitait Brown dans sa prison. Il fallut faire partir la dame au plus vite.

»A d'autres visiteurs Brown exprimait ses regrets de n'avoir pas fortifié le pont: cela seul, disait-il, méritait la mort. Une de ses opinions doit être remarquée. On l'interrogeait sur la doctrine de l'amalgamation, doctrine timidement soutenue par quelques hommes qui, aux États-Unis, osent prêcher l'union par mariage des blancs et des noirs.

»—Je ne suis pas pour l'amalgamation, répondit Brown, cependant, à la rigueur, je préférerais de beaucoup qu'une de mes filles épousât un nègre industrieux et honnête, qu'un blanc paresseux et mauvais sujet.»

»On proposa au condamné les secours des pasteurs esclavagistes; il montra sa Bible, qu'il n'avait pas quittée un seul instant.—«Dites-leur, ajouta-t-il, de retourner chez eux lire leur Bible. Je les estime comme gentlemen, mais comme gentlemen païens.»

»Brown était congrégationaliste, une des mille sectes exclusives et indépendantes de l'Union.

»Quelques lettres du condamné, écrites à ce moment, feront mieux connaître son individualité si fortement accusée..

»On verra qu'il n'oublie rien, qu'aucun des moindres détails de ses affaires temporelles ne lui échappe, qu'il songe à tout ce qui peut profiter à sa famille. Il se rappelle même que les habits d'un de ses fils sont usés, et consacre une somme d'argent pour qu'il s'en achète de neufs.

»Il ne témoigne aucune inquiétude sur les souffrances qu'il pourra endurer lors de sa strangulation; sa fin prochaine, loin de lui paraître terrible, lui apparaît pleine de douceur. De même qu'un bon serviteur, qui, après avoir bien et fidèlement servi son maître s'attend à une récompense et enfin à se reposer de ses travaux, John Brown, qui a combattu et pour son Dieu et pour l'humanité, aspire après le moment de recevoir le prix dû aux saintes actions et de jouir du repos éternel des justes.

»Dans toute sa correspondance, il s'applaudit de ce qu'il a fait; il est convaincu que sa vie ne pouvait être mieux employée qu'à soulager l'infortune, à combattre l'injustice, à défendre l'opprimé, à punir l'oppresseur, et croit qu'il aurait été coupable envers Dieu et envers l'humanité s'il l'eût consacrée autrement qu'en travaillant à la destruction de l'esclavage.»

Tous ces mots italiques dans les lettres qui suivent, ont été soulignés par John Brown lui-même.