Charlestown, comté de Jefferson.

12 novembre 1859.

«Cher frère Jérémie,

»J'ai reçu votre bonne lettre du 9 courant, et vous en ai de grandes obligations. Vous me demandez: Puis-je quelque chose pour vous et pour votre famille?

»J'ai à répondre à cela que ma femme, mes fils et ma fille sont dans le besoin, et que je désire qu'on leur remette, comme je tâcherai de vous l'expliquer tout à l'heure, sans formalités légales, qui absorberaient le tout, l'argent qui doit me revenir sur la succession de mon père. Les vêtements d'un de mes fils sont tellement usés qu'il aura besoin d'un bon habit pour l'hiver. Grâces aux bontés d'un ami, j'ai cinquante dollars que j'enverrai sous peu à mon fils. Si vous pouvez le trouver, je vous prie de lui avancer cette somme que je vous ferai remettre ensuite par une voie sûre. Si j'avais les comptes de M. Thompson, relativement à la succession de mon père, je saurais peut-être ce qu'il m'est possible de faire; mais je ne possède pas la moindre note pour me guider. Si M. Thompson veut me donner ces détails et garder mon dividende en dédommagement de sa peine, je lui en aurai de grandes obligations. Dans ce cas, envoyez-moi quelques notes de votre main. Je me rétablis lentement et vois venir ma fin avec le plus vif plaisir, et suis bien persuadé que je suis plus propre à être pendu qu'à toute autre chose.

»Que le Dieu tout-puissant vous bénisse et vous sauve tous!

»Votre affectionné frère,

»JOHN BROWN.

»P. S. Dites à mes pauvres enfants de ne pas s'affliger un seul instant à mon sujet. Quelques-uns d'entre vous vivront peut-être assez longtemps pour voir le jour où ils n'auront point à rougir de leur parenté avec le vieux Brown. Cela serait-il plus étrange que bien d'autres choses qui sont arrivées? Je sens mille fois davantage le chagrin de mes amis que le mien propre. Pour ce qui me concerne, je le regarde comme un bonheur. J'ai combattu pour la bonne cause, et j'ai, il me semble, terminé ma carrière. Veuillez montrer cette lettre à tous ceux de ma famille que vous rencontrerez.

»Mon amour à tous. Puisse Dieu, dans sa miséricorde, vous bénir et vous sauver tous!