»La majorité des hommes estime les actions et les motifs des autres d'après la somme de leurs succès dans les choses de la vie. D'après cette règle j'ai dû être un des plus méchants et un des meilleurs des hommes. Je ne prétends pas avoir été du nombre de ces derniers; c'est à un tribunal impartial à décider si le monde en a été plus mauvais parce que j'y ai vécu et y mourrai. Toute mes pensées se portent aujourd'hui à me préparer pour un champ d'action différent de celui oh j'ai travaillé jusqu'ici. Je suis, grâce au ciel, soulagé de la crainte que ma pauvre femme et mes enfants ne tomberont pas immédiatement dans le besoin. Puisse Dieu récompenser mille fois tout ce que des âmes généreuses ont fait pour eux!

»Depuis ma captivité, je me trouve heureux et calme, et c'est un grand bonheur pour moi que de me sentir assuré qu'il m'est permis de mourir pour UNE CAUSE, et non simplement de payer la dette de la nature ainsi que tous les hommes doivent le faire. Je sens pourtant que je suis bien indigne de cette grande distinction. La manière particulière dont je dois mourir me donne peu d'inquiétude. Je voudrais, cher ami, avoir le temps et le talent de vous dire ce qui se passe journellement, je pourrais presque dire à toute heure, dans cette prison, et si mes amis pouvaient voir les scènes qui s'y passent dans l'ordre qu'elles sont jouées, je crois qu'ils seraient convaincus que je suis ici ce que je suis réellement. Toute la partie de ma vie maintenant écoulée ne m'avait pas fourni les occasions que j'ai de plaider en faveur de la justice. Aussi j'y trouve beaucoup de choses qui me réconcilient avec ma position présente et la perspective que j'ai devant moi. Quelques personnes peuvent me croire un insensé. Si je le suis, ma folie m'apparaît sous la forme d'un rêve agréable. Aucunes visions ne me troublent, et quant à mon sommeil, il est doux et paisible comme celui d'un joyeux petit enfant.

»Je prie Dieu de me maintenir dans ce même calme et charmant rêve jusqu'au moment que je connaîtrai ces réalités «que les yeux n'ont jamais vues, que les oreilles n'ont jamais entendues.» Je me suis à peine aperçu que je suis dans les fers. Je suis convaincu que de ma vie je n'ai été plus heureux. Je compte prendre la liberté de vous envoyer quelques petits objets pour ceux de ma famille qui se trouvent dans l'Ohio, que vous voudrez bien faire remettre à mon frère Jérémie quand vous le verrez, ainsi que 15 dollars que je l'ai prié d'avancer à ceux qui me sont chers. Pardonnez-moi pour toute la peine que je vous donne. Sous ce pli vous trouverez une lettre pour mon frère Jérémie.

»Votre ami dans la vérité,

»JOHN BROWN.»

Brown écrivit beaucoup d'autres lettres encore qui toutes respirent, avec le même calme, la même conviction politique, la même foi religieuse.

Sa mort produisit une sensation immense aux États-Unis. Dans le Nord, ce fut un jour de deuil:

Quelques extraits des journaux de l'époque l'attestent:

Le Cleveland Leader décrit ainsi le Jour de Deuil:

«Le 2 décembre 1859 s'est ouvert par un temps sombre. Un voile épais cachait l'azur du ciel; et la neige tombait en menus flocons, qu'un vent vif chassait devant lui. La température tiède qui régnait la veille s'était changée en une température d'hiver.