»Le sujet qui nous rassemble est solennel et significatif au dernier point. Nous sommes en présence de la mort. La mort est toujours une chose triste, car elle sépare les amis et laisse pendant un temps plus ou moins long un grand vide dans le cercle des familles. Pourtant, quand on vient à réfléchir que ceux qu'on pleure jouissent des félicités d'une autre vie, que Dieu, dans sa sagesse, jugeant qu'une carrière a été assez longue, y a mis un terme naturel, on finit par essuyer ses pleurs.»
»Mais il est aussi des temps où cette conviction n'apporte aucun soulagement, et où l'âme se trouve sous la pression de quelque puissance terrible, dont les ministres s'appellent Violence et Terreur.
»Voilà où nous en sommes ce soir. Nous nous trouvons en présence de la mort, de la terreur et de la violence. La frayeur s'empare de notre esprit et confond notre jugement. Nous vivons dans un état de trouble réel, c'est pourquoi nous sommes réunis à l'effet d'exprimer notre sympathie pour les malheureuses victimes de l'oppression et pour nous entendre sur l'avenir,—car toute oppression systématique, telle que le Sud tient tant à maintenir, telle que la Virginie a autorisée et sanctionnée aujourd'hui, rend toute harmonie politique impossible, et renvoie bien loin ces paroles du Christ:—Paix sur la terre et bon vouloir parmi les hommes.»
Le préambule et les résolutions qui suivent ont ensuite été mis aux voix et adoptés à l'unanimité:
«D'autant que «l'Institution» a manifesté aujourd'hui de la manière la plus déplorable ses funestes effets sur les «endroits de l'homme» infligeant à Charlestown, en Virginie, la peine de mort à John Brown, en violation à la doctrine de fraternité enseignée par Jésus-Christ, nous adoptons les résolutions suivantes:
»Le système de l'esclavage tel qu'il existe dans quelques États de la Confédération américaine, n'est que l'expression du despotisme, qui ne vit que de concessions et devient de plus en plus exigeant, il compose, comme l'a dit John Wesley, «la somme totale de toutes les scélératesses,» et on ne pourra y mettre fin que, pour nous servir d'une expression favorite du Sud, «par la guerre au couteau, et le couteau jusqu'au manche.»
»Par suite de ce qui s'est passé à Harper's Ferry, où un seul homme a tenu tête à mille, et après l'affaire où dix mille ont mis un seul homme à mort, les éperons doivent être arrachés des chevaleresques Virginiens, les armes de l'État doivent être renversées, et, au lieu du despote abattu à terre qu'elles représentent avec la devise Sic semper tyrannis[16], leurs armoiries doivent être des chaînes, des menottes et un Fils de la Liberté suspendu à un gibet avec cette divise «Degeneres animos timor arquit[17].»
[Note 16: Ainsi toujours pour les tyrans.]
[Note 17: La peur a courbé leurs esprits dégénérée.]
«Nous sommes parfaitement d'accord avec ces pères de la république qui, avant l'adoption de la constitution et pendant qu'on la discutait, s'écrièrent patriotiquement: «Quelque désirable que puisse être l'union avec les États du Sud, la conservation de nos libertés est encore plus désirable.» Les circonstances nous ont de plus en plus convaincus qu'un conflit est inévitable, et de deux choses l'une, il faut ou que la liberté ou que l'esclavage disparaisse. Nous donc: Périsse l'Union plutôt que la liberté!