Ces mutilations, ces cicatrices affreuses, le nègre les devait à son évasion.

Esclave chez un planteur, à l'embouchure du Mississipi, il brisa ses fers et s'enfuit. Mais poursuivi et serré de près, il ne vit d'autre moyen d'échapper à ses bourreaux qu'en se jetant dans un marais.

La fange était si profonde, si épaisse que le pauvre Africain enfonça jusque au-dessus des aisselles; il ne put sortir du bourbier.

Il resta pendant deux jours dans cette horrible position, sans boire ni manger, exposé à un soleil tropical qui lui brûlait le crâne.

Ce n'était pas assez; un crabe monstrueux s'attaqua à cette victime sans défense et lui rongea tout un côté de la face. Il lui eût dévoré la tête entière, si un autre esclave marron n'était venu au secours de son camarade.

Arraché à l'abîme, à une mort atroce, le premier guérit, et finit, après mille nouveaux périls, par atteindre le Kansas, où Brown le prit à son service. C'était une nature bonne, dévouée, mais grossière, peu intelligente et faite pour obéir.

—Qu'y a-t-il de nouveau, César? questionna Brown.

—Rien, massa; chevaux bonne santé, César aussi; li ben content de voir vous.

Et il se prit à rire.

Les contractions de ce rire, en étirant son faciès, le rendirent plus repoussant encore.