Fatigués par la veille et gorgés de whiskey, les esclavagistes dormaient si profondément qu'un bon nombre ne s'éveillèrent qu'aux premiers coups de fusil.

Une dizaine furent tués sur-le-champ; les autres s'enfuirent et se dispersèrent dans la campagne, sans avoir même riposté aux agresseurs.

Les jeunes gens voulaient les poursuivre, mais le chef s'y opposa.

—Ne frappez pas un ennemi vaincu! leur dit-il.

Cette victoire avait été l'affaire de quelques minutes.

Dans le camp, on trouva les bestiaux que les esclavagistes avaient enlevés à Brown; et, de plus, une quantité d'armes considérable, ce qui fit présumer que le parti défait attendait des renforts pour les équiper.

Le capitaine interrogea un nègre qui n'avait été que légèrement blessé.

D'abord ce nègre refusa de répondre; mais, menacé d'être fusillé s'il persistait dans son mutisme, il déclara que les troupes commandées par le capitaine Hamilton en personne, comptaient sur une centaine d'auxiliaires qu'on devait lui dépêcher du Missouri pour investir la ville de Lawrence, quartier général des abolitionnistes.

—Enfants, cria alors Brown d'une voix prophétique à ceux qui l'entouraient, je vous le répète, l'épée est tirée du fourreau, elle n'y rentrera que quand le droit des noirs aux mêmes libertés que celles dont jouissent les blancs aura été reconnu dans le monde!

Comme il achevait ces mots, les notes stridentes du clairon retentirent.