—Mon père, demanda Aaron au capitaine, les cavaliers là-bas apprêtent leurs armes. Il ne nous reconnaissent pas, sans doute; faut-il aller à leur rencontre?

—Non, mon fils, prends seulement ta cravate et noue-la au bout de ta carabine en signe d'amitié.

Le jeune homme obéit, et bientôt la nouvelle bande fut sur le champ de bataille.

Elle se composait d'une centaine d'hommes, montés sur des mustangs, grossièrement vêtus de pelleteries et armés jusqu'aux dents.

—Hourrah! hourrah! hourrah pour Brown! hip! hip! hip! hourrah! hurlèrent-ils en choeur, dès qu'ils aperçurent le capitaine.

—Hourrah! hourrah pour l'émancipation des esclaves! répondirent ses fila.

—Hourrah pour le gouverneur Robinson! essaya une voix dans la foule.

Mais cette voix ne trouva point d'écho; et, pendant cinq minutes, il y eut une confusion d'apostrophes, de questions, de bruyantes poignées de main, qui empêcha les deux chefs de se communiquer leurs rapports.

Enfin, le gouverneur Robinson, impatienté de l'ovation que ses gens faisaient à Brown, commanda à un clairon de sonner l'appel.

Aussitôt le tumulte s'apaisa et les cavaliers se rangèrent en assez bon ordre.