—Vive le capitaine Brown! crièrent unanimement les soldats de Robinson, alors que celui-ci revenait, furieux, devant leur front de bataille.
—Du silence dans les rangs, ou je vous casse la tête, tas de braillards! dit-il en parcourant la ligne au galop.
Sa menace n'eut aucun effet.
La troupe répéta de nouveau:
—Vive le capitaine Brown!
Robinson écumait; mais il était le plus faible; il résolut de dissimuler son ressentiment.
Après avoir enseveli les victimes de l'attaque et exécuté les ordres de leur père, par rapport aux blessés et aux armes, les fils de Brown entourèrent le chariot.
C'était un de ces énormes wagons, comme s'en servent les émigrants et les voyageurs dans le nord-ouest de l'Amérique septentrionale. Quoique plus solides et plus durables que nos voitures, il n'entre pas un seul clou, pas un seul morceau de fer dans leur fabrication. Une bande de cuir de boeuf sauvage, appliquée fraîche sur les roues, et qui se resserre en séchant, tient lieu de cercle de métal pour assujettir les jantes ou la tablette de bois arrondie qui forme quelquefois ces roues. Le véhicule était recouvert de cerceaux, sur lesquels on avait étendu des peaux. Pour la forme—mais avec des dimensions bien autrement considérables—il ressemblait assez à ces charretins employés par nos paysans pour conduire leurs denrées au marché. Sur le devant de la voiture, attelée de quatre vigoureux chevaux, le gouverneur Robinson fit arborer le drapeau de sa troupe, comme si lui-même avait remporté la victoire, et l'on se mit en marche dans l'ordre suivant:
Un piquet de quatre hommes;
Le chariot escorté par les brownistes;