Les hommes agitèrent leurs coiffures en l'air, et tirèrent force coups de fusil.
Les quelques femmes que possédait la colonie s'avançant au-devant du héros, lui offrirent un magnifique bouquet de fleurs.
L'une d'elles, au nom des habitants de la ville, fit un discours approprié à la circonstance.
—Je vous remercie de tout mon coeur, pour votre bienveillant accueil, répondit Brown d'un ton grave; mais en faisant ce que j'ai fait je n'ai rempli que mon devoir. Je suis donc peu digne de tant d'éloges. Souvenez-vous, mes amis, de la maxime de l'Ecclésiaste: «Si tu suis la justice, tu l'obtiendras, et tu t'en couvriras comme d'un vêtement de gloire, et tu habiteras avec elle, et elle te protégera à jamais, et, au jour de la manifestation, tu trouveras un appui.»
Ces mots furent reçus par une salve d'applaudissements; puis, Brown et ses compagnons, enlevés de leurs chevaux, furent portés sur les épaules de la foule, à la place publique où l'on avait préparé à la hâte un banquet.
Banquet simple et frugal. Il se composait de venaison et poisson bouilli, rôti ou fumé, pommes de terre et épis de maïs.
Dressé sur des planches, que supportaient des barriques, le couvert était plus grossier encore. Rares se montraient les assiettes et les plats de faïence: des feuilles d'écorce, des écuelles de bois les remplaçaient.
De fourchette, de cuiller, point. Luxe encore inconnu au Kansas, le couteau de chaque convive lui en devait tenir lieu.
Pour boissons, pour liqueurs, quelques cruches en grès; celles-ci remplies d'eau, celles-là de whiskey ou de rhum. Au vin, à la bière, il ne fallait pas songer; absence complète.
Le gouverneur Robinson, invité à prendre part à ce festin, s'excusa en prétextant une indisposition.