A l'époque de notre récit, cette bourgade était comme une sentinelle perdue de la civilisation vers le désert.

Les moeurs y avaient un caractère de dureté sauvage. Souvent exposés aux attaques des Indiens et des flibustiers qui infestaient le pays, les habitants se montraient toujours une amie à la main.

Ce régime de vie avait émoussé la sensibilité des plus compatissants, et poussé jusqu'à la cruauté les dispositions de ceux qui étaient naturellement violents.

Tous les propriétaires d'esclaves traitaient leurs nègres avec une sévérité excessive.

Leur rigueur, envers ces pauvres créatures, avait encore doublé, s'il était possible, depuis l'explosion des troubles du Kansas, car on tremblait que les noirs, excités par les abolitionnistes, ne se révoltassent dans le Missouri et ne missent la contrée à feu et à sang.

Des châtiments terribles, exceptionnels, étaient réservés à la moindre faute, au soupçon même d'insubordination.

La frayeur est aussi barbare qu'aveugle, et les planteurs cherchaient à étouffer leurs craintes sous les cris des misérables Africains qu'ils envoyaient journellement au supplice.

Les maîtres croyaient par là frapper d'épouvante leur bétail humain; ils ne faisaient que l'exaspérer, l'exciter à l'insurrection.

Le chien, rendu enragé par des flagellations continuelles, voulait mordre la main qu'il léchait hier.

Au nombre des planteurs, les mieux connus pour leur brutalité envers les esclaves, se trouvait le major Flogger.