Le major Flogger était Anglo-Saxon. Il prétendait descendre d'une des plus hautes familles de la Grande-Bretagne, compter des marquis et des ducs parmi les membres du Parlement, et déblatérait sans cesse contre les institutions américaines,—l'esclavage excepté, bien entendu.

Parent de M. Sherrington de l'Iowa, il entretenait avec lui des relations étroites.

Cependant, ces relations étaient tout épistolaires: souvent retenu chez lui par la goutte, le major n'aimait pas à se déranger, et M. Sherrington n'avait point assez de fortune pour se permettre des voyagea de plaisir. Quelquefois seulement Rebecca Sherrington allait passer un mois ou deux à Battesville, chez sa cousine, Ernestine Flogger.

L'habitation du major était située sur les bords de l'Osage, à un demi-mille du village.

Elle se composait d'un corps de logis fort admiré,—parce qu'elle affichait une mauvaise miniature de manoir gothique, avec tours, créneaux, bastions, mâchicoulis,—et de deux immenses bâtiments qui le flanquaient.

Une distance de cinquante mètres séparait ces bâtiments de la maison principale, précédée d'une cour qu'entourait une grille magnifique.

Des mura fort élevés reliaient et enserraient le tout.

De chaque côté du pavillon central, les bâtiments dont nous venons de parler se courbaient en fer à cheval, leur cintre pouvant avoir un demi-mille de développement.

Construits en bois et en briques, ils ne présentaient qu'un rez-de-chaussée et un grenier.

Ce rez-de-chaussée était percé, sur son entière étendue, d'une porte et de deux petites fenêtres grillées, ouvertes les unes et l'autre de vingt-cinq en vingt-cinq pieds d'intervalle; le grenier, construit sous le toit, circulait, sans interruption, entre les deux extrémités de l'édifice.