Nous sommes au dimanche, jour du Seigneur, jour d'observance rigoureuse dans les États de l'Union, les esclaves ont suspendu les travaux, ils se reposent chez eux.

Dans la case en question, nous trouvons quatre personnes: un homme à son hiver, un dans la force de l'âge, un garçon de vingt-cinq ans, une fille de vingt.

Ils sont noirs comme l'ébène; pas une ligne, pas une nuance fugitive ne dénient leur origine. Vierge de tout mélange est aussi leur sang. La lubricité des blancs ne l'a pas encore altéré. Mais quoique ayant des traits généraux qui annoncent une même souche, ils diffèrent par l'expression du visage.

La face du vieillard, creuse, recroquevillée, lourde, annonce l'hébétement. Celle de l'homme mûr, son fils, plus ouverte, mais guindée, timide, parle de soumission. La figure des jeunes gens est toute différente: à les voir, on sent que l'intelligence circule avec la vie dans leurs artères.

Ils lisent le livre divin, la Bible, tandis que leur père fume en silence, et que le grand-père chantonne d'un ton dolent, sur un air lamentable:

Si nègre était blanc,
Li serait content;
Li aurait bon femme,
Li dirait madame,
Si nègre était blanc.

Au jour li travaille,
A nuit li pleurer,
Son maître li fouaille,
Et li murmurer:

Si nègre était blanc,
Li serait content;
Li aurait bon'femme,
Li dirait madame,
Si nègre était blanc.

Mais li nègre esclave,
Loin de son pays.
Adieu, bon goyave;
Adieu, bon cri-cri.

Si nègre était blanc,
Li serait content;
Li aurait bon femme,
Li dirait madame,
Si nègre était blanc.