Et tel est le logis du nègre, celui où il naît, vit, meurt,—logis qui n'a guère changé depuis que l'esclavage existe, qui ne changera guère tant qu'il existera.
Le major Flogger était riche; le domicile de ses noirs passait pour luxueux. Sans sa sévérité bien connue, on l'eût peut-être accusé de les vouloir émanciper. Mais en leur donnant une demeure comparativement plus confortable que celle qui leur est ordinairement accordée, le major ne consultait que ses intérêts.
—Que je soigne mal mes chevaux ou mes boeufs, qui y perdra? moi, disait-il. De même pour mes nègres.
Ce raisonnement était juste.
Aussi, malgré la violence de son tempérament, et les châtiments qu'il infligeait sans pitié à ses esclaves, le major Flogger avait-il la réputation d'un philanthrope.
Les nègres des habitations voisines enviaient le sort des siens; car le noir est moins sensible aux coups qu'à la bonne chère.
Il se laissera volontiers battre, pourvu que vous augmentiez sa ration de nourriture ou de tafia. C'est un des tristes fruits de la servitude que de flétrir la dignité individuelle et d'aiguiser les appétits physiques.
Entrons dans l'habitation du major Flogger, malgré cette meute de chiens énormes et féroces, de chiens dressés pour la chasse à l'esclave,—qui hurlent à notre approche.
Un chant nous appelle dans la case, à droite du pavillon. Semblable aux autres, cette case s'en distingue cependant par un air de propreté qui flatte agréablement les sens.
Les meubles y sont aussi rares et aussi peu coûteux que dans les cabanes voisines, mais leur arrangement, leur netteté, leur luisant, plaisent à la vue.