»Le lendemain et les jours suivants, ils recommencèrent la chasse avec un autre chien. Mais ce fut en vain. Conduits par le brave Edwin Coppie, les nègres parvinrent à gagner le Canada, où ils sont maintenant en sûreté.

»Au nombre des fugitifs, il en était un qui se faisait remarquer par sa réserve et la délicatesse de ses formes; l'étoffe de ses vêtements d'homme n'était pas d'une qualité ordinaire. Cet esclave était une femme. Certaines gens prétendent, et c'est notre avis positif, que c'était la fiancée du mulâtre Shield Green, s'enfuyant au Canada pour s'y marier religieusement avec l'époux de son choix; mais les journaux du Sud et tous les partisans de l'esclavage voudraient faire croire que cette négresse, connue sous le nom de Bess Coppeland, entretenait des relations intimes avec Coppie. Cette odieuse calomnie retombera bientôt sur ceux qui l'ont forgée Nous engageons toutefois, nous qui avons le bonheur de parler dans un État libre, nous engageons l'excellent et courageux jeune homme à prendre des mesures pour échapper au ressentiment des odieux propriétaires d'esclaves. [1]»

[Note 1: Historique.]

Tandis que Coppie parcourait des yeux l'article du Saturday Visitor,
Rebecca étudiait sa physionomie.

Il était de taille moyenne, de mine énergique, audacieuse. La franchise accentuait ses traits; l'enthousiasme leur prêtait son coloris. Il ignorait l'art de dissimuler ses impressions; car, à chaque moment, il s'agitait, faisait un mouvement de la tête ou du corps, comme pour dire: ceci est juste, cela est faux.

Parvenu au dernier paragraphe, ses sourcils se froncèrent; il frappa du pied avec violence et murmura:

—Les imbéciles! les menteurs!

Puis, il rejeta le journal sur le guéridon.

Rebecca s'était remise au piano. Mais sa pensée vaguait ailleurs. Elle promenait distraitement ses doigts sur le clavier.

A son tour, Edwin Coppie la contempla quelque temps en silence.