—Oui, pour nous y faire retomber plus cruellement.
—Sans notre pauvre mère… commença Bess.
—Ah! notre mère, interrompit John, c'est elle qui nous a tous perdus!
—Tous! répéta son père, en frappant du poing sur la table.
John continua avec vivacité:
—Quelle folie de l'avoir écoutée! d'avoir repassé du Canada aux États-Unis, de Chatam à Détroit, pour assister à cette fête du 4 juillet.
—Fête de l'Indépendance! bredouilla le vieillard.
—L'Indépendance des blancs et l'esclavage des noirs, repartit John avec colère. Nous étions sauvés, libres, et nous nous sommes fait reprendre, ce jour-là, par nos bourreaux. Ah! elle nous coûte cher la fantaisie de ma mère!
—Ne parle pas mal de celle qui nous a donné la vie, prononça Elisabeth avec un accent de doux reproche.
—Mieux eût valu, cent fois, que nous fussions à jamais restés dans le néant! s'exclama John d'un air farouche.