Le résultat était le même pour le bon M. Borrowdale, qui, ravi d'un avant-midi aussi noblement dépensé, rentra à son domicile le coeur gonflé de douces émotions.

Il avait amené avec lui l'ouvrier imprimeur pour le faire manger et l'habiller un peu plus convenablement.

Bientôt il l'eut installé devant un bon feu flamboyant, dans la petite bibliothèque que Borrowdale avait derrière sa maison.

Ensuite il courut à la cuisine et pria Madeleine d'apprêter à la hâte quelques mets pour le pauvre homme.

Ses ordres donnés, il revint dans la bibliothèque, s'assit à côté de son hôte et commença à causer avec lui aussi familièrement qu'il l'eût fait avec le plus honorable monsieur de la chrétienté.

—Je m'aperçois que vous êtes depuis quelque temps sans ouvrage, dit-il.
Êtes-vous de Toronto?

—Non, monsieur.

—Et arrivé…

—Depuis neuf ou dix mois, monsieur. Je suis parti, il y a une quinzaine, avec ma famille, pour aller chercher de l'emploi aux États. Mais ma femme et ma fille sont tombées malades en route… Le froid, le manque de nourriture, monsieur… Nous avons été obligés de nous arrêter à une petite ferme, dont les gens, quoique pauvres eux-mêmes, se sont montrés bien bons pour nous.

—Et comment alliez-vous?