Mordaunt se leva et prêta l'oreille. Le lugubre tintement des cloches augmentait de plus en plus, et de nombreuses clameurs semblaient annoncer un incendie considérable.
—Vite! s'écria Mordaunt; Ellen, mon chapeau! N'ayez pas peur, enfants, j'espère que ça ne sera rien.
Il allait se précipiter vers la porte, quand elle fut tout à coup ouverte; un grand jeune homme maigre, à la mine hâve, égarée, entra et la referma violemment.
Il paraissait ivre.
—Hourra! en voici un autre! Ça va, ça va, ma mère! Nous vous tirerons de là, quand nous devrions brûler toute la ville! Vive le feu, ma mère!
—Mark, dit sévèrement Mordaunt en saisissant le jeune homme par le bras, je t'ai averti, tu ne coucheras plus ici, si tu as commis ce crime. Tu es mon fils, mais n'importe, je ne garderai pas chez moi un incendiaire. Ainsi, va où tu voudras, il n'y a plus place ici pour toi.
—Oh! Edouard, Edouard, pardonne-lui cette fois.
—Bah! qu'est-ce que ça fait? s'écria le jeune homme échappant, en chancelant, à, l'étreinte de son père. Il nous faut de l'ouvrage, n'est-ce pas? Ils sont riches—nous prenons garde à ça—ils reconstruiront, ça ne les appauvrira pas et ça nous donnera du pain. Justice! c'est tout ce que nous voulons! hurla-t-il en se jetant tout de son long devant le foyer éteint.
—Tais-toi, dit le père.
—Voyez, reprit Mark montrant du doigt sa mère et ses soeurs qui s'étaient groupées avec effroi au milieu de la chambre; voyez, elles n'ont ni feu ni à manger. Brûlez donc tout, c'est moi qui vous le dis; c'est ce que je ferais, moi!