Un instant Madeleine resta debout, hagarde, incertaine. Ses paupières étaient mouillées de larmes; son sein battait à rompre sa poitrine.
Elle se tordit les mains avec une expression de douleur navrante.
Elle lutta violemment. Mille émotions la torturaient. Son amour pour ses parents, pour sa religion, et puis…
Qui pourrait expliquer les sensations qui soulèvent son coeur? qui pourrait dire d'où lui viennent ces affreuses incertitudes? Personne! A personne donc le pouvoir de la juger.
L'âme est une puissance étrange. Dieu seul peut lire et bien lire dans ses replis.
A vous, cela est défendu.
—Ellen! s'écria tout à coup madame Mordaunt sortant en sursaut d'une longue rêverie, où est Madeleine?
—Mais je ne sais pas, répliqua celle-ci d'un ton à demi éveillé; je ne l'ai point vue sortir…
—Seigneur mon Dieu! elle est sortie avec son chapeau[1]! Où peut-elle être? s'écria la pauvre mère, s'élançant vers la porte.
[Note 1: On sait qu'en Amérique le chapeau est la coiffure ordinaire des femmes, même dans les plus basses conditions.]