—Le faut-il? le faut-il, Edouard? dit sa femme, lui posant sa main sur l'épaule et le regardant avec une indicible expression de douleur. Oh! c'est une terrible alternative! Pauvre Madeleine! ma pauvre fille!
—Nous ne la quittons pas, Marguerite, reprit Mordaunt, son frère et
Guillaume resteront ici. Tu peux te fier à eux.
—Oh! oui, oui, oui, s'écria-t-elle. Vous resterez pour la retrouver,
Guillaume.
—C'est avec bonheur que je serais parti avec vous, madame Mordaunt, dit le jeune homme; oui, avec bonheur; mais maintenant…
Il lui lança un regard brûlant de douleur, mais sans rien pouvoir ajouter.
—Vous êtes bon, bien bon, Guillaume, dit la pauvre femme. Vous la retrouverez, vous la ramènerez, n'est-ce pas? Elle était misérable ici, bien misérable, voyez-vous! Personne ne sait tout ce qu'elle a souffert. Nous ne devons pas la juger. Vous nous la ramènerez, Guillaume!
—Madame Mordaunt! s'écria passionnément le jeune homme; je la connais, madame Mordaunt, et je suis sûre qu'il y a quelque chose que nous ne savons pas. Ne pensez pas qu'elle ait tort, madame Mordaunt; non, ne le pensez pas. Quelqu'un peut avoir tort, mais ce n'est pas Madeleine. Attendez qu'elle revienne, et vous verrez, madame Mordaunt! Mark et moi avons entrepris de la retrouver, et nous la retrouverons.
La mère le remercia par un regard chargé de reconnaissance, et le père lui serra chaleureusement la main.
Guillaume était fort agité; il était facile de voir que, tandis que sa langue défendait si noblement l'infortunée jeune fille, dans son esprit s'élevaient d'horribles soupçons que ne pouvaient entièrement bannir sa bonne foi et sa bienveillance.
Il avait quitté son siège, et, les yeux baignés de larmes, parcourait la chambre.