Les préparatifs de la famille pour son départ étaient peu nombreux: ils se firent en silence.

Il semblait si terrible aux Mordaunt d'arracher leurs pauvres petits à l'abri même d'une aussi chétive habitation, pour les entraîner par la neige à travers les fatigues d'un long voyage; et il leur semblait si affreux en même temps de laisser derrière eux leur chère et malheureuse fille, qu'ils n'osaient ni se confier leurs angoisses, ni même se regarder pendant ces tristes apprêts.

Quand ils furent sur le point de partir seulement, Mordaunt, séchant les larmes qui gonflaient ses paupières, et faisant appel à toute sa force morale, s'écria d'une voix altérée par l'émotion:

—Chers enfants, nous allons entreprendre un pénible voyage, mais chaque pas nous éloignera du lieu de nos infortunes et nous rapprochera d'une patrie où j'espère que tous, un jour, nous serons à l'abri du besoin. Cet espoir, enfants, doit nous encourager et nous aider à triompher gaiement des difficultés. Il y a pourtant une chose qui nous attristera. Nous ne sommes pas au complet. La Providence veut que nous laissions Madeleine derrière nous. Tous nous l'aimons, Madeleine; ah! oui, bien tendrement. Mettons-nous donc à genoux pour recommander la pauvre égarée à Celui qui peut la sauver, et demandons-lui de la ramener au logis, à ce logis que nous allons de nouveau chercher et où nous pourrons tous être heureux, comme c'est le voeu de notre Créateur.

Ils se prosternèrent autour de lui, élevant leurs mains jointes vers le ciel et priant le dispensateur de toutes choses de les protéger pendant la longue route qu'ils allaient commencer.

Dans cette ardente prière, Madeleine ne fut pas oubliée. Chacun des assistants supplia Dieu de l'avoir en sa sainte garde.

S'étant relevés, ils ramassèrent quelques minces paquets qui composaient tout leur avoir et quittèrent le galetas.

C'était réellement un triste asile, bien désolé, bien battu par la tourmente; cependant ils se retournèrent plus d'une fois pour lui adresser un dernier regard comme à un vieux ami.

Ils s'arrêtèrent même à quelques pas pour le contempler. Et alors leur sein était agité, leurs yeux pleins de pleurs.

Mordaunt considéra douloureusement la misérable cabane, puis ses enfants, désormais lancés dans un monde égoïste, n'ayant pas un toit pour s'abriter, et à peine couverts de haillons. A ce tableau, le courage parut abandonner le malheureux père de famille. Joignant les mains, avec une expression de douleur déchirante, il hésita.