—Viens, Edouard, viens; il le faut, dit sa femme en le tirant doucement par la manche de son habit; c'est notre devoir, et le ciel nous aidera.
—Merci, merci, Marguerite!
Ayant dit ces mots, il fit un effort pour chasser les sombres préoccupations qui assombrissaient son esprit et se mit en marche.
Sa femme et ses enfants le suivirent, et ainsi cette famille partit, à travers des neiges mortelles, à la recherche d'une ville plus industrieuse.
Pauvres gens, sans patrie, que dis-je? sans feu ni lieu maintenant, où allez-vous?
—Nous allons au pays qui nous donnera du pain; au pays qui donnera du travail à nos mains, pour que nous puissions nourrir nos enfants.
Venez, ô vous Canadiens, venez, vous hommes du peuple, vous patriotes et hommes d'État, et considérez cette scène! vous qui réclamez si haut les droits du peuple; vous qui prétendez être les gardiens de la prospérité commune; vous qui vous dites les défenseurs de l'humanité, les amis du bien public, contemplez le départ, l'exode de votre pays provoqué par le manque de pain!
Oui, vous voulez que le peuple soit dignement représenté dans vos assemblées parlementaires; vous voulez qu'il ne manque pas de politiciens pour le protéger contre la corruption et l'injustice; vous voulez qu'il obtienne de grandes réformes, qu'il soit libre; vous voulez lui faire un Elysée politique, afin que les habitants du vieux monde envient son indépendance; vous voulez cela, n'est-ce pas?
Mais au moment même où le son discord de vos voix arrive à ses oreilles, ce peuple s'enfuit désappointé, dégoûté de votre pays; à ce moment le cri d'une foule d'hommes sans emploi, sans autre ressource que de mourir de faim, traverse l'Océan pour aller prévenir l'émigrant et l'aventurier contre vos rives inhospitalières!
Et votre Canada, malgré l'immensité de ses richesses naturelles, est désert au dedans, déprécié au dehors.