—Eh! il a bien autre chose! siffla le nouveau venu. Et il cingla son cheval, qui partit avec la rapidité de l'éclair à la poursuite du fugitif, qui devait avoir bien de la peine à y échapper, s'il y parvenait, malgré le désespoir qui semblait l'éperonner.

CHAPITRE V

LA SCÈNE CHANGE.—UN AUTRE FOYER.

Le soir du jour qui succéda aux événements que nous venons de narrer, et conséquemment le soir du jour où Mordaunt partait de son misérable foyer, deux hommes passaient dans Queen street.

Ils paraissaient très-excités et poursuivaient un traîneau qui avait une grande avance sur eux et fuyait du côté d'Yonge street.

Des haillons couvraient leurs membres. Ils personnifiaient, la misère.

Quoique tous deux fussent fort exaspérés, l'un d'eux semblait l'être plus encore que son compagnon. Il l'entraînait avec des exclamations et des gestes furieux qui attirèrent sur eux l'attention des passants.

—Allons, allons! disait-il, allonge le pas. Je jurerais que c'est lui. Il ne nous échappera pas, je te le promets. Ah! j'ai envie de le rencontrer. Pardieu, nous aurons une fameuse comédie! Tu m'entends?

—Pas de folie, Mark! cria l'autre accélérant sa marche autant que possible; pas de folie! Il n'a personne avec lui. Il se peut que ce ne soit pas lui. Sois prudent. C'est elle et pas lui qu'il nous faut, tu sais?

—Avance, te dis-je. Je suis certain que c'est lui. Vois. Il vient de tourner dans Yonge street. Vite, ou ce diable nous échappera.