Pour Laure, ah! pour elle—l'ange aux yeux vifs, aux joues rosées, au sourire perlé, à la taille élégante, elle était…

Mais pourquoi ne laisserions-nous pas à vous, lecteur, le plaisir de deviner ce qu'elle était. Votre imagination vaut bien la nôtre, et votre imagination tracera son portrait mieux, assurément, que nous ne le pourrions faire.

Les deux visiteurs d'alors étaient, ma foi, d'une nature un peu bien différente.

M. Fleesham, négociant en gros et importateur de la bonne cité de Toronto, long, sec, raide, semblait s'être nourri de marchandises sèches (dry goods), avec quelques plats ou deux de ferronneries pour dessert.

Il parlait avec une grande confiance en lui-même, et sa voix avait l'aigreur d'un acide. Elle répondait dignement au reste de sa personne.

M. Fleesham était, d'ailleurs, homme d'affaires.

Il avait gagné beaucoup d'argent dans le pays et se croyait habile, a smart man, comme il disait.

Il avait aussi envoyé beaucoup d'argent hors du pays, et le pays reconnaissant le jugeait de même un homme habile.

Le pays était l'obligé de M. Fleesham; et le pays de dire: «Bravo, monsieur Fleesham! vous nous avez tondu gentiment; nous n'avons plus guère de laine sur le dos, mais continuez, cher monsieur Fleesham, go ahead; vous êtes, ma foi, un gaillard adroit, fort adroit, car ce que vous ne logez pas dans votre poche, vous le logez dans la poche des Américains, ou de quelques autres confrères établis à des milliers de lieues de nous! Go ahead, monsieur Fleesham! Au fait, cet argent ne nous gênera plus, et c'est le principal! Que vous êtes donc fin, monsieur Fleesham!»

De cette façon, tout le monde était content.