M. Squobb posait pour les os, les nerfs et la peau.

Il possédait de petits yeux, des cheveux noirs, des joues creuses, une charpente religieusement accentuée, une bouche qu'eût enviée Gargantua et un nez majestueux, un maître nez qui parlait pour tout son individu, quand les autres organes se taisaient.

M. Squobb était journaliste, champion du peuple, homme de lettres ou plutôt homme de mots; par conséquent, M. Squobb se tenait à des distances incommensurables du vulgaire troupeau, egregium pecus, suivant sa locution favorite.

La critique n'atteignait pas à la semelle de ses bottes… quand il en avait! Fleesham était son patron, son souteneur; aussi Squobb était-il l'ami juré de Fleesham.

Devant cet ami quand même, Squobb faisait la courbette, et devant cet admirateur, Fleesham faisait le grand seigneur.

Ainsi va le monde!

Squobb, néanmoins, se prétendait l'avocat du peuple, le défenseur de la liberté, l'apôtre des réformes. Il était surtout le tuteur de la veuve et de l'orphelin, Squobb; et quand Fleesham lui disait: «Squobb, mon cher, venez ici; écrivez-moi ceci ou cela; parlez de bonheur à la multitude, mais attention, Squobb, que mes poches soient pleines! Rappelez-vous notre chemin de fer, Squobb; n'oubliez pas nos débentures, Squobb!»

Aussitôt notre homme taillait sa plume, le bonheur et la prospérité circulaient à flots dans les colonnes de son journal; tout abonné était ravi de vivre dans un si délicieux pays, et le coffre-fort de Fleesham ne boudait pas, je vous le promets.

En vérité, M. Fleesham était un habile homme et son ami Squobb un admirable philosophe.

Encore une fois, ainsi va le monde.