—Peut-être, poursuivit Borrowdale d'un ton un peu plus rassis, peut-être pourrions-nous trouver quelque chose de même en Angleterre. En Angleterre, on trouverait sans doute quelque chose qui ressemble à ce qui se passe chez nous, mais ce qui est vrai là-bas doit-il être vrai chez nous? Les circonstances et les faits sont-ils analogues? En Angleterre, est-ce que vous ne trouvez pas agglomérés, sur un diamètre de vingt milles, le même nombre d'habitants qui se trouvent ici, où le territoire anglais embrasse plus de cinq millions de milles carrés? Y a-t-il, peut-il y avoir de la similitude entre les deux pays? Nous avons tout en main pour faire de notre pays un pays riche, peuplé, prospère et florissant, et qu'est-ce que nous faisons pour développer ces admirables ressources, dites-moi? Que direz-vous, que dira-t-on de nous si, avec tous ces immenses trésors naturels, capables de donner l'aisance à cinquante millions d'individus, vous parvenez à en sustenter deux ou trois millions à peine? Pouvons-nous devenir une grande nation, en suivant la même politique qui nous appauvrit dès le début?
Le journaliste grimaça un maigre sourire.
—Oh! je vous vois, Squobb, continua Borrowdale, vous êtes disposé à vous moquer de mes principes annexionnistes. Moquez-vous-en, j'y consens de grand coeur, mais, pour l'amour du ciel, vous, homme public, grand politique, indiquez-nous un remède à cet effroyable état de choses; car je suis sûr que vous n'allez pas nous dire que ce remède n'existe pas.
—La confiance! la confiance! mon cher, s'écria complaisamment Fleesham recroisant ses jambes et regardant le plafond de l'air d'un homme sûr que son opinion prévaut dans toutes les discussions.
—La confiance, Fleesham, reprit Borrowdale; mais que veut dire ce mot? J'ai beaucoup entendu parler de confiance, retour de confiance, manque de confiance, etc. Et c'est là, si je ne me trompe, le grand mot, l'argument capital des loyalistes; mais ne vous semble-t-il pas que la confiance est un effet et non une cause? Ne vous semble-t-il pas que la confiance est simplement le résultat de la sécurité commerciale et de la prospérité, tandis que le manque de confiance provient du manque des choses nécessaires à l'existence de cette confiance? Est-ce clair, ça? Sur ma parole, je suis d'avis que c'est chose nouvelle que de supposer que la confiance naît d'elle-même ou se soutient d'elle-même. Si vous désirez que la confiance mal placée domine, ah! il me semble qu'elle domine déjà trop. Il me semble aussi que vous en savez quelque chose, hein?
L'importateur, comprenant l'allusion, se mordit les lèvres.
—Sans doute, intervint Squobb, sentant qu'il était de son devoir d'accourir à l'aide de son patron; sans doute. Nous devons veiller aux progrès de l'agriculture et les défendre; aussi est-ce ce que nous faisons de toutes nos forces, car en eux reposent le bien-être et le développement de ce grand pays.
—Très-bien, dit Borrowdale, mais par quels moyens?
—Par quels moyens?
—Oui, voyons un peu.