—Patience, Madeleine, patience, dit la pauvre femme. Ça ne durera pas longtemps ainsi, nous aurons bientôt un changement.

—Bientôt, c'est encore trop longtemps! fit Madeleine d'un ton amer. Y a-t-il encore de l'espérance? croyez-vous qu'il y ait encore de l'espérance?

Et la malheureuse fille vint tomber aux genoux, de sa mère.

—Non, s'écria Ellen, non, je n'en vois point; il n'y en a point. Est-ce que tous ces pauvres gens qui, comme nous, sont sans ouvrage ne seraient pas heureux de travailler s'ils avaient du travail? Ils ne le peuvent pas plus que nous, voilà tout. Ici ce sont les étrangers qui font tout, mais les habitants, on les laisse mourir de faim, voilà ce que vous dirait un enfant. Qu'est-ce que notre père est venu faire ici? Jamais nous n'avons porté d'aussi misérables haillons! ajouta-t-elle en regardant avec une sorte de honte les guenilles qui composaient son habillement.

En entendant ces plaintes, la pauvre mère était toute troublée, et son coeur battait fort, car l'avenir lui apparaissait certainement sous des couleurs aussi sombres qu'à ses filles, et le présent était, hélas! intolérable.

A ce moment la porte de la hutte s'ouvrit et un gamin de dix ans, dont les vêtements en lambeaux étaient chargés de neige, arriva en gambadant dans la chambre.

Dans ses petits bras, rougis et gercés par le froid, il tenait quelques morceaux de bois à brûler.

—Tenez, maman, dit-il en jetant son fardeau sur les cendres chaudes, voilà du bois.

Tu es un bon garçon, Jean, répondit sa mère en le caressant. Comme tu as froid! tu dois être gelé. Mais ou as-tu eu ce bois, Jean?

—Oh! bien, je l'ai eu, répondit-il en détournant la tête.