—Jamais! exclama Borrowdale se levant et donnant un coup de poing formidable à la table. Je me suis engagé; je suis sûr de son innocence, et je la prouverai, monsieur.

Le bon philanthrope était épuisé.

De grosses larmes jaillirent de ses yeux, et, détournant la tête pour cacher sa faiblesse, il se promena avec agitation dans l'appartement.

Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'il fût assez maître de lui-même pour reprendre la conversation.

Quand il se crut calmé, il s'assit de nouveau, et regardant son interlocuteur en face:

—Fleesham, lui dit-il d'un ton lent et posé, j'espère que vous n'allez pas faire mettre en prison cette jeune fille avant que nous ayons pris toutes les informations nécessaires à son endroit. Je réponds d'elle. Donnez-moi une semaine, ou plutôt dix jours. Je prendrai soin de la jeune fille; et, si dans cet intervalle je ne réussis pas à prouver son innocence, les autorités s'en arrangeront. Vous pouvez vous fier à moi, Fleesham. Dans dix jours d'ici elle viendra répondre à l'accusation. Je suis tellement sûr de son innocence, que je la garderai chez moi. Madame Borrowdale a besoin d'une domestique. J'ai la certitude que sur ma recommandation elle se fera un plaisir de l'essayer.

—Ma foi, Borrowdale, je suis désolé de voir que vous vous engagiez dans une entreprise infructueuse. Mais, vous le voulez, je cède à votre demande. Seulement, dans votre intérêt, je n'accorderai que dix jours. Faites à votre guise. Vous vous en repentirez. Elle abusera de votre confiance!

Après une légère discussion pour terminer leurs arrangements, le compromis fut accepté de part et d'autre, et Fleesham se leva pour partir.

Il avait sur le visage une expression de compassion pour la simplicité de Borrowdale, merveilleuse à voir.

Fleesham le plaignait. Du fond de sa vertueuse âme il le plaignait.