CHAPITRE IX

TRISTES PROPOS.—JUSTICE PROFESSIONNELLE.

Neuf jours s'étaient écoulés depuis l'admission de Madeleine chez
Borrowdale, le dixième commençait.

Laure et elle causaient dans le salon! Par la tristesse de leur visage on pouvait juger de la tristesse de leur entretien.

Madeleine, la tête baissée, les yeux rougis par les larmes, tortillait machinalement le coin de son tablier et frappait convulsivement du pied sur le parquet.

Les paupières de Laure aussi étaient humides.

Accoudée à son fauteuil, la tête renversée dans sa main droite, elle regardait mélancoliquement la pauvre accusée.

—Ça doit être lui, Madeleine, ça doit être lui, dit Laure, poursuivant une remarque. Pourtant, il semblait si bon! Se peut-il qu'il ait été dégradé à ce point? Personne ne pouvait s'empêcher de l'aimer, Madeleine, personne! Cependant c'est bien mal; ah! bien mal ce qu'il a fait là. Et je suis sûre que c'est lui. D'après ce que vous m'avez dit, ça ne peut être que lui.

Les pleurs, longtemps contenus sous ses longs cils, coulèrent silencieusement comme des perles liquides le long de son visage, et, son sein battit avec force.

Ce fut une accusation muette, mais éloquente: le cri de l'amour trompé!