Un accident survenu à Li-li-pu-i, le soir même de son mariage, prévint cette funeste résolution.
Comme ils approchaient du village des Indiens, le cheval du chef s'emporta, et, après une course effrénée dans la montagne, il s'abattit sur son maître.
Quand on releva Li-li-pu-i, il avait cessé de vivre. Suivant les usages des Grosses-Babines, le corps devait être brûlé sur un bûcher au milieu de la nuit suivante, et sa veuve devait prendre à l'incinération une part aussi active que dangereuse.
On sait comment Ni-a-pa-ah s'acquitta de cette horrible tâche.
Lorsqu'elle eut recouvré ses sens, elle était enfermée et gardée à vue dans la cabane d'un de ses ennemis. A son cou pendait le sac qui contenait les cendres de Li-li-pu-i. Ce sac, si elle fût restée parmi les Grosses-Babines, elle eût, d'après la coutume, été condamnée à le porter ainsi pendant trois ans, avec défense de se laver ou d'apporter aucun soin à sa toilette. Le terme du deuil expiré, les parents du défunt se seraient livrés à de grandes réjouissances, et, après avoir déposé dans un coffret d'écorce de cèdre et fixé à une longue perche les restes du trépassé, dépouillant Ni-a-pa-ah de ses vêtements, ils l'auraient enduite de colle de poisson liquide et roulée sur un tas de duvet de cygne; le tout accompagné de danses, festins et tabagies. Enfin, la pauvre femme, ramenée en grande pompe chez elle, aurait joui de la permission de se remarier, si toutefois, comme le dit un voyageur, «elle se fût senti assez de courage pour s'aventurer à courir de nouveau le risque de brûler vive ou d'endurer tous ces tourments.»
Mais Ni-a-pa-ah eut le bonheur d'échapper à ce surcroît d'afflictions.
Nar-go-tou-ké n'avait été qu'étourdi par le coup de tomahawk. Resté esclave chez les Grosses-Babines, il parvint à leur arracher sa femme lorsqu'elle fut guérie de ses plaies, quoique hideusement défigurée et incapable de se servir désormais de ses mains.
Ils prirent la fuite, retraversèrent les steppes immenses qu'ils avaient franchis naguère bercés par des illusions si enivrantes, et retournèrent à Caughnawagha, au commencement de 1817.
—Ah! dit la Vipère-Grise, en remarquant le triste état de sa fille, Athahuata[5] m'avait prévenue que cette expédition serait fatale à ma famille, Athahuata ne trompe pas ceux qui ont foi en lui. Pourquoi mon fils ne m'a-t-il pas écoutée?
Note 5: [(retour) ]
Divinité des sorciers Iroquois.