Il s'adressa à Li-li-pu-i, le Renard-Argenté, chef d'un parti d'Indiens Grosses-Babines.
Li-li-pu-i ne demandait pas mieux que d'enlever la belle Ni-a-pa-ah. Il la connaissait, s'en était épris et la convoitait, depuis le moment où il l'avait vue pour la première fois. Mais, allié à là Compagnie de la baie d'Hudson, il n'avait pas voulu s'attirer la colère des Anglais, en s'emparant des deux Iroquois qui paraissaient être sous leur protection spéciale.
Sir William King ignorait cet intéressant détail. Il chargea Li-li-pu-i du rapt, et promit que, s'il réussissait, il lui donnerait une livre de poudre et une bouteille d'eau-de-feu.
Le sagamo accepta. Nar-go-tou-ké et sa femme, surpris au sein de leur sommeil, furent garrottés et entraînés vers les loges des Grosses-Babines, sur les premières rampes du mont Baker.
Li-li-pu-i s'était engagé à faire périr Nar-go-tou-ké et à conduire Ni-a-pa-ah au chef facteur, dans une hutte de chasse que ce dernier possédait à vingt milles environ du fort Langley, près de l'ienhus[4] de ses alliés.
Note 4: [(retour) ]
Village. Voir la Tête-Plate, les Nez-Percés.
Toutefois, en route, Li-li-pu-i changea d'idée. Les attraits de l'Iroquoise lui tournèrent la tête. Au lieu de la mener à son rival, il prit la détermination de l'épouser.
Cette détermination fut aussitôt mise à exécution.
Avec la pointe de son couteau, Li-li-pu-i marqua Ni-a-pa-ah sur l'épaule, d'une figure de fer de flèche émoussé, signe de la servitude dans la Nouvelle-Calédonie tout aussi bien que dans la Colombie, et la petite fille de la Chaudière-Noire devint dès lors la femme esclave d'un Grosse-Babine.
Je laisse à penser quel fut le désespoir de Nar-go-tou-ké, témoin impuissant de la cérémonie. Sa douleur ne saurait être comparée qu'à celle de la désolée Ni-a-pa-ah. Mais la noble Iroquoise était bien résolue à se tuer plutôt que de se laisser souiller par son odieux ravisseur.