Au poste[3] Langley, il fut parfaitement accueilli par le chef facteur, sir William King, qui non-seulement l'engagea fort à planter sa tente de l'autre côté de la rivière, mais promit de lui acheter ses peaux et de lui fournir les provisions dont il aurait besoin. Il ajouta même qu'il l'aiderait de toute son autorité, si les trappeurs blancs ou les sauvages de la Nouvelle-Calédonie cherchaient à l'inquiéter.

Note 3: [(retour) ]

Les établissements pour la traite sont nommés fort, factorerie ou poste. Voir la Huronne.

Venues d'un des agents de la Compagnie de la baie d'Hudson, généralement trop jaloux de leurs privilèges pour en abandonner la moindre part sans gros bénéfices, ces promesses étaient brillantes et généreuses à l'excès. Elles devaient avoir un motif caché. Nar-go-tou-ké s'en douta sans le deviner.

Mais il n'échappa point à Ni-a-pa-ah. Elle était femme et découvrit tout de suite la profonde impression que ses charmes avaient produite sur le chef facteur.

Craignant, avec une juste raison, les conséquences de cette impression, elle essaya d'entraîner son mari dans une autre contrée. Malheureusement, Nar-go-tou-ké fut aveugle ou se crut assez fort pour lutter contre le commandant du poste.

Il dressa donc son wigwam sur la rive septentrionale du Fraser, en face du fort Langley.

Pendant quelques semaines, les relations entre les gens de la factorerie et les nouveaux venus furent pacifiques et amicales en apparence. Mais bientôt le chef blanc fit à Ni-a-pa-ah des propositions insultantes qui furent repoussées comme elles le méritaient. La passion de celui-ci s'accrut de tous les dédains qu'il reçut. Voulant la satisfaire quoi qu'il en coûtât, il s'introduisit dans la tente de Nar-go-tou-ké, en son absence, et essaya de faire subir à sa femme le dernier des outrages.

Ni-a-pa-ah se défendit avec une énergie qui trompa l'attente du scélérat.

Il la quitta, la rage dans le coeur, et en jurant de se venger.

Cela ne lui était pas difficile; mais les vices ont peur de la lumière, et notre homme n'osa pas se confier à ses subordonnés pour le crime qu'il méditait.