Après avoir médité, il résolut de s'enfoncer dans le désert et d'y entreprendre, pour son compte, la traite des pelleteries.
Nar-go-tou-ké communiqua ce dessein à sa jeune femme. Ni-a-pa-ah ne voyait que par les yeux de son mari. Elle l'encouragea même dans ses projets, car elle désirait vivement visiter le pays de leurs ancêtres, les Grands-Lacs, célèbres par les nombreux exploits guerriers des Iroquois.
Ils partirent donc, malgré les prédictions redoutables de la Vipère-Grise, qui leur déclara que le malheur les attendait au-delà des sources de Laduanna[2].
Note 2: [(retour) ]
C'est ainsi que les Iroquois appellent le Saint-Laurent.
Pour ne, pas être en butte aux agressions de la Compagnie de la haie d'Hudson, qui possédait le monopole exclusif de la traite et des chasses, depuis le lac Supérieur jusqu'au-delà du Rio-Columbia, et de la baie York jusqu'au Pacifique, Nar-go-tou-ké décida d'aller s'établir sur la rivière Tacoutche ou Fraser, aujourd'hui si renommée pour ses mines d'or.
La rivière Tacoutche se déploie entre les 49° et 50° de latitude nord.
Elle pouvait, à cette époque, passer pour la limite des territoires sur lesquels la Compagnie de la baie d'Hudson exerçait un empire absolu, puisque cette compagnie avait droit de vie et de mort sur tous les habitants.
Une factorerie, le fort Langley, établi sur le bord méridional, à huit ou dix milles de l'embouchure du cours d'eau, lui appartenait.
C'était un comptoir important pour traiter avec les insulaires de Quadra ou Vancouver et les tribus indigènes cantonnées dans l'intérieur des terres, à l'est des montagnes Rocheuses.
Après un long et périlleux voyage, qui dura plus de neuf mois, Nar-go-tou-ké et sa femme arrivèrent au fort Langley. L'intention du chef iroquois était de se fixer sur la rive septentrionale de la Tacoutche, afin de ne pas s'exposer à la malveillance des agents de la Compagnie; et d'avoir près de son campement un débouché pour les pelleteries qu'il amasserait.