La première était Ni-a-pa-ah, mère de Co-lo-mo-o; la seconde était Hi-ou-ti-ou-li, la Fauvette-Légère, fille de Mu-us-lu-lu, soeur de la maîtresse de sir William King.
Hi-ou-ti-ou-li aimait Co-lo-mo-o. Après la famille de Nar-go-tou-ké, la sienne était celle des Iroquois de Caughnawagha dont le sang s'était conservé le plus pur.
On avait même espéré qu'un mariage entre leurs enfants éteindrait la haine qui divisait les deux chefs. Par malheur, aucun d'eux n'était disposé à faire une concession à l'autre.
Co-lo-mo-o avait accueilli avec une indifférence complète l'amour d'Hi-ou-ti-ou-li. Et la jeune fille, malgré sa jeunesse rayonnante de beauté, se consumait dans le chagrin et les pleurs; car, dédaignée par l'objet de son culte, elle était encore en butte aux mauvais traitements de ses parents qui ne lui pardonnaient pas sa tendresse pour le fils de leur ennemi.
Tout d'un coup Hi-ou-ti-ou-li releva la tête, puis elle s'élança vers Ni-a-pa-ah:
—Ma mère, dit-elle, je vais suivre le Petit-Aigle; venez avec moi; partons; je connais, parmi les Fransé[44] de Montréal, des chefs influents. Nous irons chez eux; nous leur parlerons; ils rendront la liberté...
Note 44: [(retour) ]
Les Indiens appellent ainsi les Canadiens-Français.
Elle s'arrêta court, la pauvre enfant, et baissa les yeux.
Aux premiers mots, Ni-a-pa-ah avait haussé les épaules, ensuite elle s'était retournée lentement et avait repris le chemin de sa cabane, sans accorder un regard à la belle éplorée.
L'affliction chez nous efface les rangs, elle fait taire les inimitiés. Il n'en est pas de même chez les Peaux-Rouges. L'aversion subsiste à travers toutes les vicissitudes de la vie. Elle en dépasse les limites pour se transmettre, plante vénéneuse, vivace, indéracinable, de générations en générations.