—Grâce pour Co-lo-mo-o! grâce pour votre fils! supplia Hi-ou-ti-ou-li en se jetant à ses genoux; grâce pour lui, je vous en conjure! Moi, je ne découvrirai pas votre secret, je l'ai juré..... Si vous doutez de la parole d'Hi-ou-ti-ou-li, sacrifiez-la, et ne faites pas de mal à Co-lo-mo-o.

—Il faut délibérer, dirent plusieurs voix.

Nar-go-tou-ké ne les entendit pas. Il ajusta le Petit-Aigle, toujours calme, impassible, et pressa la détente. Le coup partit. Mais une main vigoureuse avait subitement rabaissé le canon du fusil, et le plomb meurtrier s'était logé en terre.

—Poignet-d'Acier! Poignet-d'Acier! murmurèrent les spectateurs.

Exaspéré par cette opposition soudaine à l'horrible forfait que, dans son emportement aveugle, il eut accompli, la Poudre avait tourné sur ses talons comme sur un pivot, et, la prunelle enflammée, la provocation à la bouche, il défiait le nouveau venu.

CHAPITRE XII

LE CHARLEVOIX

Haute taille, belle prestance, charpente musculeuse, visage rude, bronzé, cheveux noirs, grisonnants, barbe longue, de même nuance que les cheveux, l'air d'un héros de légende, tel était ce dernier.

Son âge eût été difficile à préciser; il pouvait tout aussi bien avoir quarante-cinq ans que soixante. Mais la force et la santé rayonnaient sur sa personne. On devinait qu'il avait été créé pour le commandement, destiné aux choses grandes, bonnes ou mauvaises. Un costume mi-parti de voyage, mi-parti de ville, faisait ressortir les admirables proportions de ses membres.

C'était un chapeau de feutre brun foncé, une tunique en velours sombre, boutonnée jusqu'en haut, un pantalon de même étoffe, à demi enfoui dans une paire de grandes bottes de chasse, mais qu'on pouvait, en un tour de main, ramener et rabattre par-dessus les tiges.