Le lendemain on trouva, échoués dans la baie de Laprairie, ses restes sanglants, que se disputait une bande de vautours.

Cependant Co-lo-mo-o avait suivi les compagnons de son père dans l'éclaircie ouverte au milieu de l'île. Il était content de savoir sa libératrice en sûreté; mais ne se préoccupait plus guère d'elle, croyant qu'elle retournerait, sans encombre, à Caughnawagha.

Une fois dans la clairière, il remarqua que le nombre des insulaires augmentait.

Ils arrivaient de toutes les parties de l'ilot et semblaient, pour ainsi dire, sortir de dessous terre.

Bientôt on en put compter plus de deux cents.

Gens robustes, à la mine énergique, ils appartenaient aux classes ouvrières de la société.

Les trappeurs, les bateliers, les cageux, dominaient néanmoins dans la masse.

La clairière était couverte de monde. Poignet-d'Acier grimpa sur la gigantesque statue dont il a été question déjà, et, s'adressant à la multitude:

—Mes amis, dit-il, le but qui nous rassemble vous est connu. Quels que soient nos motifs, nous voulons tous briser le joug que l'Angleterre fait peser sur ce pays. Pour moi, ce n'est pas le désir d'une heure; il y a plus de vingt ans qu'il me brûle, que j'en poursuis la réalisation.

Ils le savent, ceux qui m'ont accompagné des déserts de la Colombie jusqu'ici. Deux fois, j'ai possédé des richesses si grandes que j'aurais pu acheter tout le Canada aux tyrans qui l'oppriment et qui le vendraient s'ils en trouvaient un prix capable de satisfaire leur cupidité; mais, deux fois, mes trésors m'ont été enlevés au moment où je les rapportais pour vous délivrer de l'infâme tyrannie sous laquelle Canadiens et Indiens, Irlandais et même Anglais, voue gémissez. Cependant, quoique ruiné, je n'ai jamais perdu l'espoir. N'avais-je pas avec moi des hommes intrépides, dévoués jusqu'à la mort?