—Oui, oui! s'écrièrent divers individus dans la foule.
L'orateur poursuivit, en s'animant par degrés:
—Nous sommes entrés au Canada: on nous a proscrits! Nous avons demandé justice: on a mis nos têtes à prix! Nous avons protesté: on a tiré sur nous! Eh bien, mes amis, que fallait-il faire? Profiter de l'exaspération publique, nous unir aux membres du parti libéral; nous entendre avec les chefs de ce parti, les Papineau, les Neilson, les O'Callaghan, les Bédard, les Morin, les Viger, et prendre une heure pour déployer partout, dans le Haut comme dans le Bas-Canada, l'étendard de l'indépendance!
—Hourrah! hourrah! hip, hip, bip, hourrah! vociféra l'auditoire enthousiasmé.
—Cette heure, reprit le tribun, elle va sonner. Approuvez-vous mon alliance avec les patriotes de la province?
—Oui, oui, oui!
—Consentez-vous à leur obéir sous mes ordres?
—Oui, oui, oui!
—Eh! bien, je vous le dis, mes amis, le temps de se lever en masse est venu. Les correspondances que j'entretiens, comme vous le savez, au moyen de pigeons dressés à cet effet et qui partent à tout instant d'ici, mon quartier général, ces correspondances m'apprennent que le signal sera prochainement donné dans toute la colonie, depuis le golfe Saint-Laurent jusqu'aux Grands-Lacs; tenez-vous donc pour avertis! Nous, nous ne sommes que des aventuriers qui avons des injures à venger. Nous nous réunissons aux partisans de l'émancipation; mais que cette union ne nous fasse pas oublier notre devise: Dent pour dent, oeil pour oeil, sang pour sang! Pour l'Angleterre, nous devons être les vengeurs, les fléaux de Dieu! Amis, encore un mot: Il faut nous disperser jusqu'au jour où je vous appellerai à moi, et jusqu'à ce jour, il faut courir les campagnes, raviver les blessures faites à l'orgueil national, remettre en mémoire les vieux griefs, distribuer des armes, des munitions, et partout souffler la haine contre l'administration anglaise, partout allumer l'incendie qui doit consumer jusqu'aux derniers vestiges de ce pouvoir exécrable!
Des bravos formidables accueillirent la péroraison de Poignet-d'Acier.